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Les Neuf Cuisinières

Marco Valdo M.I.
Lingua: Francese


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Les Neuf Cuisinières
 

Canzone française – Les Neuf Cuisinières – Marco Valdo M.I. – 2012
Histoires d'Allemagne 74

Au travers du kaléidoscope de Günter Grass. : « Mon Siècle » (Mein Jahrhundert, publié à Göttingen en 1999 – l'édition française au Seuil à Paris en 1999 également) et de ses traducteurs français : Claude Porcell et Bernard Lortholary.




Dis-moi, Marco Valdo M.I., mon ami, qu'est-ce que c'est que cette histoire d'Allemagne où tu chantes neuf cuisinières... Tu ne vas quand même pas me dire que ce sont là neuf dames que tu as fréquentées et avec lesquelles tu as partagé des moments et des sentiments d'amour...


Ho, Lucien l'âne mon ami. Je t'arrête là... Car, je te rappelle que cette chanson est une de ces Histoires d'Allemagne que j'ai été chercher chez Günter Grass et que de surcroît, ce sont des dames du temps jadis [[http://www.youtube.com/watch?v=Ip7fIB4aOeA]]. Même si, tous comptes faits, je te le confie secrètement, c'est bien là une déclaration d'amour... Collective, en quelque sorte ainsi que tu le verras d’entrée de jeu... Mais parlons un peu de la chanson elle-même. C'est là une chanson assez complexe qui tend à donner une idée de la complexité de ce fameux Turbot que Günter Grass (Spätaufklärer) écrivait cette année-là, même si la publication s'en fit plus tard. Comme tu le sais, il y a une latence entre le faire et le publier...


D'accord, mais explique-moi un peu cette chose si complexe...


Donc, Lucien l'âne mon ami, il te faut considérer qu'il y a neuf cuisinières, qui sont des sortes de sorcières d'autres temps, neuf dames du temps jadis. Chacune a son histoire racontée en neuf vers; chaque strophe s'appelle dès lors un neuvain. Il y a donc neuf neuvains, plus une déclaration d'amour introductive, qui annonce en un vers chacun des neuvains de la chanson; soit, elle aussi composée de neuf vers. Et sache, mon ami Lucien l'âne aux si belles oreilles du plus beau basalte, que ces neuf neuvains sont neuf étapes correspondant aux neuf mois d'une portée... Tout ceci ayant une relation assez directe avec les gestations que le sieur Günter Grass fit endurer à ses compagnes en même temps qu'il accouchait lui-même régulièrement des œuvres considérables que l'on sait.


En effet, ça m'a l'air assez complexe tout ça...


Et ce n'est pas tout. Chaque dame étant cuisinière, apporte son plat à cette agape grassiane. On a donc droit à, successivement : du fromage blanc, des raves, de la hure, des tripes, des abattis (avec armoise?), des papas, des champignons (amanites phalloïdes?) et des rognons sauce moutarde... Note que dans la vie quotidienne, Günter Grass – à ce moment – se trouve dans de grandes difficultés d'ordre domestique... Il change de dame et cela bouleverse fortement les sens de la tribu, car finalement il nous faut bien considérer les familles successives de Günter Grass comme une sorte de tribu, dont ils serait le patriarche – par ailleurs, assez contesté dans ses attributions ataviques.


Et c'est tout ?, dit l'âne Lucien en clignant un œil dubitatif...


Pas vraiment... Il est aussi question de bien des choses et par exemple, de la dispariton de Carlo Levi et de la pendaison de Ulrike Meinhof (un assassinat d’État), des perfectionnements des techniques de répression utilisées par les autorités contre les manifestants antinucléaires...


Et ce n'était qu'un début..., dit Lucien l'âne. Nos démocraties ont encore fait mieux depuis... Je veux dire qu'elles ont encore trouvé le moyen de réprimer plus fort et plus efficacement depuis : lacrymogènes, véhicules blindés, hélicoptères, balles en « caoutchouc », boucliers, matraques...


Et pendant ce temps-là, comme ils le font depuis 1947, des écrivains des deux moitiés d'Allemagne se rencontrent dans la partie orientale de Berlin avec le projet de débarrasser la langue allemande de ses relents de peste brune... Un enfant turc se noie dans la Spree sous le regard expert des services de secours et les femmes entament leur mélopée mortuaire.


Quelle chanson, quelle histoire... Ce vieux monde était déjà assez insupportable, en ce temps-là. Il ne va pas mieux aujourd'hui... Regarde ce qu'ils font aux Grecs, ils le feront bientôt aux autres gens d'Europe. Quant au reste du monde, c'est toujours misère, guerre et compagnie. Bref, la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres aux seuls fins de s'enrichir plus encore et d'assurer leur domination et leur pouvoir continue. C'est pour cela que nous devons sempiternellement tisser le linceul de ce vieux monde périmé, répressif, affameur, méprisable et cacochyme. (Heureusement !)


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Déclaration d'amour aux neuf cuisinières :


J'aime ton fromage blanc... Ava 
J'aime tes raves... Wigga
J'aime ta hure en gelée... Mestwina
J'aime tes harengs... Dorothéa
J'aime tes tripes et ton foie de morue... Margaretha
J'aime tes abattis d'oie... Agnès, ah !
J'aime tes papas... Amanda
J'aime ta tête de veau aux champignons patriotiques... Sophia
J'aime tes rognons sauce moutarde révolutionnaire... Lena


Ava ... écoute-moi
Cette année-là, Ava
À la maison, ça ne carburait pas trop bien
Entre une femme et l’autre
Le passage est difficile
Ça parasite tout et on ne sait plus rien
Les enfants font la gueule
La mémoire s'est perdue dans un coin
Où ? Là-bas, en ville.


Ava : ton fromage blanc...


Wigga
Il faut que tu me croies
Anna s'écartait de moi
Et venait Veronika
Mon truc pour surnager ces années-là,
J'étais le turbot de la Baltique
Poisson massif,éternel et magique
Entre mes neuf sorcières,
Mes neuf cuisinières


Wigga : tes raves...


Mestwina
Nourricière et meurtrière
De l'archevêque Adalbert
Quand on arriva
Quatre ou cinq à la frontière
Comme les autres fois
On nous contrôla
Avec nos manuscrits et nos bières
Depuis quarante-sept, on passait là


Mestwina : Ta hure en gelée...


Dorothée, ma soeur
Dévouée et mystique
Venue du flamboyant gothique
Ils ont pendu Ulrike
N'as-tu pas peur
De cette terreur
À Stammheim, de cette virulence
Des forces de la puissance
Qui impose le silence.

Dorothéa : tes harengs...


Margarethe,
La Grosse Gret
La puissance, parlons-en
Elle fuyait Saïgon par les toits
De l’autre côté, pendant ce temps,
On mangeait sans trop se presser
Gâteaux et biscuits arrosés de café
Tout en nous racontant nos histoires
Qu'on inscrira plus tard dans les mémoires.


Margaretha : tes tripes et ton foie de morue...


Agnès
La Kachoube de la Guerre de Trente Ans
Où les princes massacraient les paysans
Pour rien, pour une messe
Avait-on jamais vu pareils déments
Ravager les territoires allemands
Hic et nunc, pendant ce temps
À Broksdorf, au chantier nucléaire
Contre les manifestants, c'est la guerre.


Agnès : tes abattis d'oie...


Amanda
La Prussienne, dame extraordinaire
Qui initia la Pologne tout entière
Aux charmes discrets de la papa.
Un enfant turc est tombé dans la Spree
Au Kreuzberg, sur la frontière
Personne n'a pu le sauver
Ni la police de l'ouest, ni les matelots populaires
Les femmes turques ont entonné
Leurs psalmodies mortuaires


Amanda : tes papas... pommes de terre


Sophia
Le Christ s'était arrêté à Eboli
Ô ! Sophia, te souvient-il
Qu'au début de janvier de cette année-là
Mourait à Rome Carlo Levi
Noi, non siamo cristiani
Siamo somari
Disent les paysans de Lucanie
Ainsi continue la vie...


Sophia : ta tête de veau aux champignons patriotiques...


Lena
Ainsi, dans notre Berlin double
Par deux fois, cette année-là
Sous l’œil des agents doubles
Qui ne nous entendaient pas
Nous lisions à haute voix
Poèmes, nouvelles, chapitres et romans
Au retour, je cherchais un toit accueillant
Pour nous abriter mon Turbot et moi.

Lena : tes rognons sauce moutarde révolutionnaire...

inviata da Marco Valdo M.I. - 28/7/2012 - 16:02



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