Lingua   

Malédiction des Balais

Boris Vian
Lingua: Francese


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Malédiction des Balais

Chanson française – Malédiction des Balais – Boris Vian – 1954
Paroles : Boris Vian
Musique : Jimmy Walter

Interprétation : Les Charlots – 1969

Ah, Lucien l'âne mon ami, tu avais déjà eu ici même une splendide démonstration de la modernité de Boris Vian et de son anticipation proprement orwellienne du monde tel que nous devons le supporter aujourd'hui encore. Souviens-toi de la chanson sur les Arts Ménagers : La complainte du progrès (Les arts ménagers).

En effet, je m'en souviens très bien de cette histoire d'amour ruinée par l'envahissante présence des robots et du coût de la vie, toujours trop élevé pour ceux qui se laissent intoxiquer par le « progrès ». Nous les ânes, ça ne nous arrive pas... De la télé, de l'atomixaire, de l'évier en fer, du cire-godasses, du turbo à crasses, du canon à patates, de l'écrase-limaces, du lit qui est toujours fait, de l'avion pour deux... et tout ça, et tout ça... On s'en fout ! On n'en a strictement rien à faire ! Si tu veux mon avis...

Ayant la même devise que toi : « Noi, non siamo cristiani, siamo somari » (« Nous, nous ne sommes pas des chrétiens, nous sommes des bêtes de somme ») ... il faut évidemment comprendre qu'en tant que descendant de Cro-Magnon, je n'en ai rien à cirer de leur « civilisation » et de sa manie des objets, de son goût pour la croix, le croissant et la croyance... et je n'en ai pas plus à tamponner de leurs machins de civilisés. Cela étant dit, voici une autre chanson de Boris Vian, tout aussi lumineuse. C'est une chanson d'un genre particulier : une malédiction... Une chanson qui maudit... Une terrible invocation... Elle maudit cette manie de l'ordre et de la propreté, qui envahit toute la vie de l'homme.

« Mais tout a bien changé
Depuis les Arts Ménagers
On sait qu´il faut ranger
Et passer le balai
Pour l´hygiène de nos palais »

Elle s'en prend ainsi à l'hygiénisme, dont est saisie cette société et à l'horripilante exploitation commerciale dont il est le moteur... Avais-tu remarqué, Lucien l'âne mon ami, toi qui circules de ton pas lent dans nos villes et nos campagnes combien la propagande hygiénico-commerciale sévit sur nos murs... et ce n'est encore rien, si l'on compare à ce qui est diffusé par voie hertzienne ou télévisuelle... Savon par ci, lessive par là, désinfectant buccal et poudre pour water-closeds... Ça dégouline de partout. Elle s'en prend à tous les orifices ; on spraie dans tous les trous. Parfums, cosmétiques, épilatoires, purgatoires... Le paradis qu’ils nous proposent, en vérité, je vous le dis, est un enfer. Mais, dans la chanson, il fallait bien concentrer le propos et la tête de turc de Vian est en réalité la tête de loup, le balai et la corvée qui l'accompagne. Les malheureux qui ont encore dû faire un service militaire s'en souviennent avec une certaine nostalgie.

« On m'a rééduqué
Toute la matinée
L'après
Midi
J'ai balayé les chiottes
Et ça a continué
Pendant des mois entiers
Jamais
Jamais
J'avais tant balayé. »

dit le conscrit... (Allons z'enfants, ou Le conscrit), chanson écrite par le même Boris Vian.
Certain, dernièrement, avait poussé le vice jusqu'au carchaire... et le vent de l'histoire vient de le balayer...


Ainsi soit-il, dit Lucien l'âne en poussant vraiment un puissant braiment. Peut-être sera-t-on un jour nous-mêmes balayés, mais quant à nous, nous ne balaierons certainement pas... Sauf extrême nécessité. Car nous tissons le linceul de ce vieux monde hygiéniste, balayeur, désinfecté, parfumé, pomponné et cacochyme (Heureusement !)


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

Avant de tomber en poussière
On fait un petit stage sur la Terre
On perd quelques heures à la guerre
On tombe amoureux d´une mégère
Naguère, naguère
On pouvait se reposer
Naguère, naguère
On pouvait s´amuser
Naguère, naguère
Il suffisait de manger
Naguère, naguère
Mais tout a bien changé
Depuis les Arts Ménagers
On sait qu´il faut ranger
Et passer le balai
Pour l´hygiène de nos palais

Maudissons les balais-brosses, les balais de jonc
Les balais droits, les balais ronds
Les balais de bouleau
Maudissons les petits balais des mirlitons
Les têtes de loup, les balais de crin
Et les balais des musiciens

Dès l´aube, nos enfants, nos compagnes
Se lèvent et se mettent en campagne
Cirage, paille de fer, blanc d´Espagne
Je croyais qu´on ne croyait plus au bagne
Naguère, naguère
Pour qu´on vous force à ça
Naguère, naguère
Fallait en tuer des tas
Naguère, naguère
On travaillait gaîment
Naguère, naguère
Tout le monde était content
Mais avec ces robots
Qui pèsent des tas de kilos
Faut bosser nuit et jour
Dans un bruit qui vous rend sourd

Maudissons les balais fins, les balais gros
Ceux qui n'ont pas de poil, ceux qui en ont trop
Et ceux des goguenots
Maudissons les balais noirs, les balais blancs
Ceux en sorgho, ceux en chiendent
Et ceux qu´on casse sur le dos des gens

Mais c´est samedi..., ne nous attristons pas
Laissons tomber tous les tracas
Chevauchons le balai du sabbat
Demain, nous ne balaierons pas
Demain, nous ne balaierons pas
Demain, nous ne balaierons pas
Balaierons pas
Balaierons pas
Balaierons pas
Pas pas pas, pas, pas pas !

inviata da Marco Valdo M.I. - 25/6/2012 - 18:35



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