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La Java des Gaulois

Ricet Barrier
Lingua: Francese


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Chanson française – La Java des Gaulois – Ricet Barrier - 1958
Paroles et musique: Ricet Barrier, Bernard Lelou

Obelix Mais que viennent faire ces Gaulois barbus dans les Chansons contre la Guerre ?... Dis-le moi, Marco Valdo M.I., mon ami et si tu arrives à me l'expliquer, je te la chante, moi, cette chanson. Et d'abord, quel est celui qui a osé chanter pareille chanson ?

Celui-là, Lucien l'âne mon ami, tu le connais et tu as déjà pu remarquer qu'il ne faisait pas dans la dentelle, que son mode d'expression était assez cru, direct, clair et sans ambiguïté... C'est notre ami Ricet Barrier. Un spécialiste de la chanson baptisée à l'acide ironique, un homme qui traite les choses au second degré... Ici, il s'en prend à la fois, aux nationalismes, aux gens pleins d'ancêtres et aux guerriers. Il décape la guerre elle-même et les vaillantes troupes d'envahisseurs (dans la Vase de Soissons). Tu vois donc qu'il y a tout lieu de le mettre avec sa chanson dans les Chansons contre la Guerre.

Tu causes, tu causes, mais tu ne m'expliques pas...

Ah ! Voilà que tu veux une explication de textes maintenant... Moi qui évitais d'en faire, comptant sur la sagacité de l'auditeur. Mais bon, voilà. Allons-y. Remarque préliminaire : ici, il s'agit de la France et je ne dirai rien des autres pays – sauf de l'Italie comme envahisseur, en m'en tenant étroitement au texte de la chanson. Tu sais que dans chaque pays, il y a toujours des ancêtres de références : les Germains pour la Germanie, les Angles (droits ?), les Bretons et les Normands pour les Grands-Bretons, les Celtes pour les Bretons, les Vikings pour le Danemark et la Normandie, les Lombards pour la Lombardie, sans compter les Étrusques, les Romains et autres Doriens... Bref, il y eut les Francs pour la France et les Gaulois pour la Gaule (rien à voir avec le Général De Gaulle, lequel comme son nom l'indique avait deux « l » et deux étoiles). Donc, pour la chanson, il s'agit des Gaulois – eux-mêmes ancêtres de la Gaule et des Francs.

Oui, je sais tout cela au moins aussi bien que toi... et alors, dit l'âne Lucien qui commence à rigoler doucement.

Alors, regarde la description de ces ancêtres – forcément, j'insiste sur le forcément – valeureux, costauds, un peu rustres peut-être, mais d'un courage à toutes les épreuves – enfin, presque. Ils chassaient rien moins que le mammouth... Cro-Magnon se contenait d'aurochs, de lapins et de champignons. Donc, on déploie ici toute la panoplie folklorique habituelle (les peaux de bête, le druide, le devin, le menhir, le gui...) qu'on retrouvera un peu plus tard dans la série des Astérix... dont l'idée est d'ailleurs issue de cette chanson-ci. Voilà pour la description des ancêtres...

On s'en souvient de Vercingétorix, de ses braies, de ses moustaches et d'Alesia... dit l'âne Lucien en se marrant carrément.

Il faut quand même rappeler que la France avait fait de l'expérience de l'État Français de l'ineffable moustachu qu'était le Maréchal Pétain, de sa milice et de ses Gaulois et qu'il en restait de fameuses traces... et certains même parlaient avec regret et nostalgie de cette époque où il n'y avait pas de grèves, où les bons Français avaient du travail (obligatoire...), où on mettait les métèques dans des camps et où les trains étaient à l'heure... On ne peut éviter d'y songer.

Voici donc où commence à faire son effet l'acide ironique, dit Lucien l'âne en hochant son énorme tête....

Et tout ça, sans remonter à l'Atlantide et au mythe de Thulé, aux sectaires de Wotan ... si tu vois de qui et de quoi je parle. La mythologie gauloise (moustaches, y comprises) était un des fondement du pétainisme... Tout comme le slogan : « La Gaule manque de bras, il faut retrousser nos manches », qui vient tout droit de la propagande de Vichy. Il faut des ancêtres et ce qui vaut pour la Gaule, vaut pour d'autres régions dans d'autres pays... Tu m'as compris...


Évidemment, dit l'âne Lucien. Je les ai vus à l'œuvre ces branques.

Donc, nos ancêtres les Gaulois (ici, il me faudrait te renvoyer à la chanson de Boris Vian – Faut Rigoler !, dans laquelle Henri Salvador disait que ses ancêtres étaient les Gaulois... Je te rappelle au besoin qu'Henri était né à la Martinique et métis) ne peuvent être que de redoutables combattants... Les femmes se jettent à leurs pieds... Pas mal pour l'ego des descendants... Redoutables et sanguinaires : « Tue-le, Tue-la, c'était la loi des Gaulois ». Les plus faibles sont évidemment (au minimum) mis à l'écart (voir le destin de Chilpéric). Mais voici qu'arrive un envahisseur (ici, César – voir De bello gallico)... Bref, on prend tous ces éléments, on mélange, on secoue et on sert... C'est du Ricet Barrier. Le dernier couplet vient cependant tempérer un peu les ardeurs ancestrales et ramener à plus de civilité ...

Mais que vient faire la Pompadour dans tout ça ?, demande Lucien l'âne secoué par une vague d'hilarité.

La Pompadour vient faire le lien avec les Capétiens et la France ultérieure, celle des cours d'histoire, celle où toutes les bribes se mélangent après les libations du bal du quatorze juillet. Ce qu'il y a de bien avec cette chanson trempée dans le jus abrasif du comique,c'est qu'après l'avoir comprise, on ne peut plus prendre au sérieux : ni les Gaulois de pacotille de la propagande, ni les ancêtres glorieux, ni les guerriers et les guerres, ni les commémorations officielles de n'importe quelle nature et de n'importe quelle nationalité... L'acide comique est vraiment efficace contre la moisissure des « imbéciles heureux qui sont nés quelque part »...

En somme, dit Lucien l'âne en riant franchement, moi qui suis de partout et de nulle part, moi qui ai traîné mes sabots dans toutes les sentes, moi qui ai porté tous les fardeaux, qui ai suivi l'impavide Hidalgo, l'oncle Toby qui fit le siège de Namur et qui chevauchait la sienne chimère (hobby-horse), moi qui me suis tenu à l'écart des rantanplans du Blecktrommel, qui ai connu l'éléphant qui s'en allait à la Cour de l'Empereur et qui ai fréquenté le dromadaire depuis la plus haute Antiquité, moi qui ai vu le géomètre tenter vainement de se faire engager au Château, moi qui ai connu le fidèle berger, moi qui ai croisé le Maître et Marguerite, moi qui posais pour le peintre-médecin en Lucanie, enfin bref, moi, qui fis de la figuration dans une étable pour consoler une jeune accouchée, moi qui ai tout vu et plus encore, je trouve que Ricet Barrier a bien fait de « prendre par le fondement » (prendere per il culo), ces crétins qui ne se sont pas encore rendu compte que la terre n'avait pas de frontières, que l'homme comme l'âne était chez lui partout sur la terre, que si l'homme et l'âne étaient certes de races différentes, entre les ânes et entre les hommes, il ne pouvait être raisonnablement question de races, que la couleur n'était qu'un effet chromatique et qu'il n'y a rien de plus con que de faire des rodomontades ou de faire la guerre à ses contemporains. Comme disait Léo Ferré : « La vie est courte et y en a qu'une... Y en a marre ! » et dès lors, Marco Valdo M.I. mon ami, tissons ensemble le linceul de ce vieux monde ancestral, folklorique, rongé par le nationalisme et cacochyme.

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.
Poilus, barbus, vêtus de peaux de bêtes
Ils bravaient la tempête
Tue-le, tue-la
C'était la loi des Gaulois!

Ils prenaient la route
Pour chasser le mammouth
Et courir le guilledou
Ils coupaient le gui
Mais à propos où
Où coupaient-ils donc le houx ?
La chasse finie
Les homme réunis
Plongeaient sur la nourriture
Au petit Chilpéric
Qu'était rachitique
On jetait les épluchures

Poilu, barbu, le druide noble tête
Arrivait pour la quête
Paie pas, planque-toi
C'était la loi des Gaulois

Quand ils guerroyaient
Même les feuilles tremblaient
Les femmes se jetaient à leurs pieds
Mais un beau matin
Un sombre devin
Leur a prédit: ça va barder!
Tout près des menhirs
La troupe en délire
Astiqua les fers de lance
Vercingétorix, un dur, un caïd,
Étudia la carte de France

Bardé, casqué, un Jules nommé César
Arriva sur son char
Il leur a dit:
« Veni, vidi, vici »

On se tira les tifs
On se tapa sur le pif
Mais on vit bientôt les légions
Des Romains pompettes
Qu'aimaient la piquette
Se coller dans la Vase de Soissons
La Gaule manque de bras
Dit un chef gaulois,
Il faut retrousser nos manches
Ils firent des maisons
Ils firent même les ponts
Sauf le samedi et le dimanche

Poilus, barbus, ils guinchaient le samedi
Au bal sur pilotis
Flânant, crânant
On causait entre poteaux
En regardant les Gauloises
Jouer les Pompadours
Et la Gaule endimanchée
Chantait à plein gosier
En trinquant à l'amour
L'amour !

inviata da Marco Valdo M.I. - 5/1/2012 - 19:21



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