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Les Corbeaux

Léo Ferré
Lingua: Francese

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Les Corbeaux

Chanson française - Les Corbeaux – Léo Ferré – 1964
Texte : Poème d'Arthur Rimbaud – 1872.

corvo


Les Corbeaux est un de ces poèmes d'Arthur Rimbaud que Léo Ferré mit en musique au début des années 1960 et qui fut édité en 1964. Pour le fond du texte de Rimbaud qui doit dater de 1872 , il est expressément fait référence à la guerre toute récente de 1870 et à l’effroi qui s'en ressent encore dans le pays et singulièrement à Charleville d'où est originaire Rimbaud, lequel avait à peine dix-sept ans, quand la guerre éclata et que la défaite se consuma avec la reddition de Sedan, ville voisine de Charleville.
Voici, datant du 25 août 1870, le point de vue de Rimbaud, qui est à Charleville, sur la ville, la guerre... La lettre est adressée (on est en août et l'élève Rimbaud et son professeur sont en vacances) à Georges Izambard qui est le professeur de français du jeune Arthur et à peu près la seule personne à qui il puisse parler. Car, vois-tu, Lucien l'âne mon ami, le poète n'a que rarement à qui parler et il ne peut vivre que d'amitiés électives. Il le dit excellemment dans la lettre ; il y dit aussi cette autre phrase terrible : « On est exilé dans sa patrie !!! ».

Donc, voici un extrait de la lettre en question :

A Georges Izambard
29, rue de l'Abbaye-des-Prés,
Douai (Nord).

             Très pressé.
                                                                               Charleville, 25 août 1870.
Monsieur,

            Vous êtes heureux, vous, de ne plus habiter Charleville !
            Ma ville natale est supérieurement idiote entre les petites villes de province. Sur cela, voyez-vous, je n'ai plus d'illusions. Parce qu'elle est à côté de Mézières, - une ville qu'on ne trouve pas, - parce qu'elle voit pérégriner dans ses rues deux ou trois cents de pioupious, cette benoîte population gesticule, prud'hommesquement spadassine, bien autrement que les assiégés de Metz et de Strasbourg ! C'est effrayant, les épiciers retraités qui revêtent l'uniforme ! C'est épatant comme ça a du chien, les notaires, les vitriers, les percepteurs, les menuisiers et tous les ventres, qui, chassepot au cœur, font du patrouillotisme aux portes de Mézières ; ma patrie se lève !... Moi j'aime mieux la voir assise : ne remuez pas les bottes ! c'est mon principe. »



C'est superbe cette lettre de Rimbaud, dit Lucien l'âne en dressant à la verticale exacte ses oreilles pour souligner son avis, et grâce à lui, Charleville-Mézières est sortie du trou des Ardennes et voit venir à elle des gens du monde entier. Ce qui est superbe, c'est l'injonction finale : « Ne remuez pas les bottes ! »: que voilà un excellent principe. Cela étant, que dit cette chanson, cette poésie, car poésie ou chanson, il s'agit de la même chose... quand c'est un poète qui les écrit. Et quel poète et quelle poème et quelle chanson et quel chanteur et quelle musique... Laisse-moi te dire, Marco Valdo M.I. mon ami, que foi d'âne, c'est un de ces poèmes qu'on n'oublie pas.


Les Corbeaux ont fait bombance dans sa région – disons dans tout le Nord-est de la France : il y avait tant de cadavres dans les champs... et la défaite sans avenir a emporté et l'Empire et l'illusion d'une certaine France. Charleville est occupée par les Allemands... Et la chanson, poème... se termine sur ces quatre vers bouleversants, poignants et remplis d'une tendresse vis-à-vis de tous ceux que la guerre a emportés sous l'herbe d'où l'on ne peut fuir. Les voici :
« Laissez les fauvettes de mai
Pour ceux qu'au fond du bois enchaîne,
Dans l'herbe d'où l'on ne peut fuir,
La défaite sans avenir. »


C'est là un sentiment de poète..., dit Lucien l'âne en tremblant. J'en ai des frissons. Mais tous les hommes n'ont pas le même sens de l'humanité. Il faudrait, en effet, que « chaque passant repense »... Nous pendant ce temps, Marco Valdo M.I. mon ami, nous allons continuer à tisser le linceul de ce vieux monde gâteux, imbécile et cacochyme.


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.
Seigneur, quand froide est la prairie,
Quand dans les hameaux abattus,
Les longs angélus se sont tus...
Sur la nature défleurie
Faites s'abattre des grands cieux
Les chers corbeaux délicieux.

Armée étrange aux cris sévères,
Les vents froids attaquent vos nids !
Vous, le long des fleuves jaunis,
Sur les routes aux vieux calvaires,
Sur les fossés et sur les trous,
Dispersez-vous, ralliez-vous !

Par milliers, sur les champs de France,
Où dorment les morts d'avant-hier,
Tournoyez, n'est-ce pas, l'hiver,
Pour que chaque passant repense !
Sois donc le crieur du devoir,
O notre funèbre oiseau noir !

Mais, saints du ciel, en haut du chêne,
Mât perdu dans le soir charmé,
Laissez les fauvettes de mai
Pour ceux qu'au fond du bois enchaîne,
Dans l'herbe d'où l'on ne peut fuir,
La défaite sans avenir.

inviata da Marco Valdo M.I. - 23/1/2011 - 20:56



Lingua: Italiano

Versione italiana dal sito di Ferruccio Busoni
I CORVI

Signore, quando la prateria è fredda,
e nei casolari in rovina
si sono spenti i rintocchi dell'angelus...
sulla natura sfiorita
fate piombare dall'immensità del cielo
i cari corvi deliziosi.

Armata bizzarra dalle severe strida
i venti freddi minacciano i vostri nidi!
Voi, lungo i fiumi ingialliti,
sopra le vecchie strade dei calvari,
e i fossati, i burroni
disperdetevi e radunatevi!

A migliaia, sui campi di Francia,
dove dormono i morti di ieri,
volteggiate, non è vero?, d'inverno:
ogni passante non dimentichi!
Sii dunque lo strillone del dovere
o mio nero uccello funebre!

Ma, o santi del cielo, sull'alta quercia,
pennone sperso nella sera incantata,
lasciate le capinere di maggio
per chi nel bosco profondo è incatenato
nell'erba da cui più non si fugge,
la sconfitta senza domani.

23/1/2011 - 22:48



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