Lingua   

Canto delle battone, faro di civiltà

Dario Fo
Lingua: Italiano

Lista delle versioni e commenti



[1964]
Dallo spettacolo "Settimo: ruba un po' meno"
Parole di Dario Fo
Musica Fiorenzo Carpi
Testo trovato su La Musica dell’Altra Italia

Le prime donne che dai Crociati
in Palestina furono sbarcate
eravamo noi, noi svergognate
le prime vere femmine crociate.

Nel Nuovo Mondo fummo in quaranta
le prime donne della Spagna santa:
prima dei preti noi fummo sbarcate
ed ai cacicchi poi fummo vendute.

Noi siamo il faro di civiltà,
le vere dame di carità:
vendiamo amore che non ha prezzo,
di sottobanco e a sottoprezzo.

Quando nel tempo, ormai passato,
in case chiuse si faceva peccato,
il nostro amore ci venia tassato
e circa un terzo si prendea lo Stato:
con questi soldi, han calcolato,
si son pagati 'na corazzata,
una corazzata e un incrociatore
che ancora oggi se ne va sul mare,
tutto pagato col nostro amore
trenta per cento del nostro amore.

Se pensi poi che i marinai
la quindicina con noi l'hanno spesa,
e che noi di nuovo l'abbiamo resa
per un bel terzo al nostro regio Stato,
risulta chiaro che abbiam coperto
tutte le spese dell'ammiragliato,
e il nostro Stato per la sua fregata
manco una lira avrà così sborsata.

Noi siamo un faro di civiltà,
le vere dame di carità:
la patria sempre ricordar ci dovrà.
E quando passa un incrociatore
pensa che è fatto col nostro amore!

inviata da Bartleby - 10/11/2010 - 09:10



Lingua: Francese

Version française – CHANT DES BAGASSES, PHARE DE CITOYENNETÉ – Marco Valdo M.I. - 2019
Chanson italienne – Canto delle battone, faro di civiltà – Dario Fo – 1964

Tiré du spectacle : "Settimo: ruba un po’ meno"
Paroles :Dario Fo
Musique : Fiorenzo Carpi
Texte in La Musica dell’Altra Italia

Dialogue Maïeutique

carte


Quel étrange titre que celui-là !, dit Lucien l’âne. En vérité, si je n’étais pas âne si ancien et si répandu dans le monde, si je n’avais bourlingué jusque dans les vieux ports, je n’y comprendrais rien à ces bagasses et à ce phare. Cependant, je compte beaucoup sur tes explications.

Certes, Lucien l’âne mon ami, et je suis tout à fait ravi de pouvoir t’en donner quelques-unes. Et pour commencer je te rappelle qu’il s’agit ici de la version française d’un titre qui à première vue, dans sa langue d’origine : l’italien, n’est pas vraiment clair pour l’étranger à la langue et à la culture. C’est proprement une dimension particulière que j’ai voulu exprimer sachant que bayadères aurait donner un son trop oriental. Que sont donc ces « battone » pour qui n’a pas l’habitude de les fréquenter sous cette appellation ? Il y fallait donc un terme français qui, quoique très précis laisse flotter un parfum de lagune à l’exotisme brumeux. J’ai donc chois « bagasses », peut-être aussi par proximité de son, ne voulant pas dire « putains », ni « prostituées » et moins encore, « péripatéticiennes », qui pourtant – tout comme « battone » – indiquait la déambulation comme mode opératoire.

Oh, dit Lucien l’âne, c’eût été une démarche d’apparence un peu trop philosophique.

Donc, reprend Marco Valdo M.I., ces « battone » sont des demoiselles qui littéralement « battent » le trottoir de leurs talons – Georges Brassens dit d’ailleurs – je cite de mémoire – dans sa « Complainte des filles de joie », qui est une illustration du sens de « battone » :

« Car même avec des pieds de grue,
Car même avec des pieds de grue,
Faire les cent pas le long des rues,
Faire les cent pas le long des rues,
C’est fatigant pour les guiboles,
Parole, parole !
C’est fatigant pour les guiboles.
Non seulement elles ont des cors,
Non seulement elles ont des cors,
Des œils de perdrix mais encore,
Des œils de perdrix mais encore,
C’est fou ce qu’elles usent de groles,
Parole, parole !
C’est fou ce qu’elles usent de groles. »


Ah, dit Lucien l’âne, ce sont des déambulatrices de profession. À propos de profession, il en est de pires, mais à chacun son métier et les vaches seront bien gardées, dit-on par chez nous. Mais revenons à la canzone.

Oh, dit Marco Valdo M.I., on ne s’est pas éloignés une seconde. Tout au contraire, l’affaire se précise. Ces dames – étant ce qu’elles sont et faisant ce qu’elles font, exercent une profession libérale (du moins celles qui ne sont pas mises en esclavage ou sous dure tutelle par des exploiteurs avides) et par cette canzone, revendiquent leur rang dans la société au nom des services rendus et pas seulement, aux particuliers. L’argument est fort, comme le montre la chanson.

Certainement, Marco Valdo M.I., le titre doit être pris en quelque sorte avec des pincettes. Comme la chanson, il est tellement plein d’ironie qu’on dirait un oursin. Il est fort ce « phare de citoyenneté » qui caractérise, qui définit, qui autodéfinit les « bagasses » et pour tout dire, qui porte leur revendication de reconnaissance. On pourrait adapter à leur endroit cette revendication que portait Carlo Levi – « Non più cose, ma protagoniste ! », il en avait fait un tableau. Il y a dans cette canzone un « nous » qui s’autoglorifie. Tout comme Les folles Filles accompagnant les militaires et celles d’Anvers, qui défendirent vaillamment leur « jour d’amour » : La Résistance des Folles-Filles, celles-ci revendiquent l’éminence de leur rôle dans la société, la grandeur de leur âme et l’importance de leur contribution à la gloire de la Nation et de la Marine. Pour les détails, voir la chanson qui est pleine de moralité.

Dès lors, Marco Valdo M.I. mon mai, tissons le linceul de ce vieux monde éclairé, financé, entretenu par ces dames et néanmoins, cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
CHANT DES BAGASSES, PHARE DE CITOYENNETÉ

Les premières femmes qui ont été
En Palestine débarquées par les Croisés
C’était nous, nous les dévergondées,
Les premières vraies femmes croisées.

Dans le Nouveau Monde, nous étions quarante.
Les premières femmes de la sainte Espagne :
Avant les prêtres, nous avons été débarquées
Et ensuite aux caciques, on nous a cédées.

Nous sommes le phare de la civilisation,
Les vraies dames de charité, pleines d’abnégation :
Nous vendons de l’amour qui n’a pas de prix,
En noir et à bas prix.

Quand dans le temps, désormais passé,
Dans des maisons closes, on allait pécher,
Notre amour y était taxé
Et environ un tiers allait à l’État.
Avec cet argent, on a calculé,
Ils se sont payé un trois-mâts,
Un croiseur et un cuirassé
Qui voguent sur la mer toujours
Aujourd’hui, payés par notre amour,
Par trente pour cent de notre amour.

Si vous pensez alors que les matelots
Ont dépensé chez nous le fruit de leur boulot
Et que nous avons à nouveau reversé
À notre royal État, un bon tiers,
Il est clair que nous avons couvert
Toutes les dépenses de l’amirauté,
Et notre État pour sa frégate.
N’aura pas déboursé une datte.

Nous sommes un phare de citoyenneté,
De vraies dames de charité et
La patrie doit se souvenir toujours
Que quand un croiseur vient au jour,
Il est le fruit de notre amour !

inviata da Marco Valdo M.I. - 29/4/2019 - 20:13



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