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Oeil qui rit

Marco Valdo M.I.
Lingua: Francese


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Œil qui rit
 
Canzone léviane – Œil qui rit – Marco Valdo M.I. – 2009
Cycle du Cahier ligné – 44
 
 
Œil qui rit est la quarante-quatrième chanson du Cycle du Cahier ligné, constitué d'éléments tirés du Quaderno a Cancelli de Carlo Levi.


Œil qui rit... Quel drôle de titre, dit Lucien l'âne formé à Carthage. C'est un peu comme Jean qui rit...


Mais, voyons, Lucien mon ami, c'est précisément de ça qu'il est question... De Jean qui rit et qui pleure. Dans les bons moments, Jean rit, dans les moments sombres, Jean pleure. Et le destin de notre prisonnier-guerrier-blessé-enfermé est fait de ces jours fastes et néfastes que nous connaissons tous. Et avec notre canzone léviane, nous sommes en bonne compagnie... Celle de Voltaire et de son petit poème de 1772, intitulé précisément Jean qui rit et qui pleure. Mais, bien sûr, Jean qui rit et Jean qui pleure est une histoire bien plus ancienne. Elle fait partie de ces histoires populaires de nos pays. Tout le monde connaît cette histoire et on ne lui trouve pas d'auteur; on en a perdu la trace.


Bof, dit l'âne Lucien, c'est comme pour moi... Mes origines sont mystérieuses et sauf, l'intervention d'Apulée... Où en serais-je ? Nulle part. Alors, saluons Voltaire...
Cela dit, que dit ta canzone ?


Tout simplement, Lucien mon ami, elle poursuit cette longue conversation que le prisonnier... entretient avec lui-même aux fins de continuer – envers et contre tout – à résister. C'est dans sa tête, dans cette alchimie du cerveau, qu'il puise la force de tenir face à l'adversité. C'est un mécanisme, disons psycho-physiologique, qui doit avoir sauvé beaucoup de prisonniers au travers de l'histoire... Certains tiennent un journal, d'autres écrivent des ballades, des poèmes, d'autres écrivent des lettres ou encore, des contes, des romans, des essais... Que sais-je ? L'important est de tenir, d'abord; et de contrattaquer ensuite. Je ne donnerai pas de nom... Un seul, car il apparaît nettement dans la canzone : Cervantès, le blessé de la bataille de Lépante, qui fut prisonnier, exilé, esclave... Il y en a tellement et dans toutes les langues. Donc, ici, notre héros (appelons-le ainsi) poursuit sa méditation de survie. Et il va puiser dans son enfance, il va comparer sa situation à d'autres exils – à l'émigré, par exemple; il va aussi parler de sa souffrance et de l'insupportable présence de l'œil dans son dos. Comme tu le vois, il y a de l'Orwell derrière tout ça.

En effet, dit l'âne Lucien, ça m'a l'air bougrement passionnant... Et ajoute à ça que c'est une canzone... qui s'inscrit dans une histoire. J'adore les histoires.

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.
Œil qui voit est vu;
Œil qui ne voit pas est invisible.
Dans l'étrange réalité resplendissent les couleurs.
Et chaque chose nous voit
Malgré notre manteau de ténèbres.
Fermant les yeux, l'enfant disparaît.
Seule l'ombre noire le cache.
Le réel qui nous fait est fait de nous.
Il est notre compagnon et notre complice.
Mais là devant, il y a un miroir, un œil,
Un œilleton, un ennemi, un espion
Et dans notre dos, ce contrôle permanent
Ce regard indécent.
Notre corps a mal, pèse,
Et souffre de cette immobilité.
Tout ce qu'on peut toucher, voir, entendre ou sentir
Le drap, les odeurs, les pas,
Les cliquetis, les appels, les voix,
Tout cela existe
Mais d'une existence mineure :
Plus petite, mince, clairsemée,
Et d'une autre couleur.
Quand on ne les voit pas
Les choses sont
Plus petites que la normale.
Ainsi l'oreiller moelleux,
Qui tient ma tête droite,
Je l'imagine de ce jaune-or,
Des demi-lunes d'un empan,
Tout de cuivre scintillantes
Perchées sur les hampes
Des étendards de Lépante.
En réalité, il est rose pastel et bleu ciel.
Et de la taille d'un oreiller normal.
Loin de l'œil du général,
La sentinelle ne voit que sa propre guérite
Et la porte d'où personne ne doit sortir.
Le banni, même s'il veut s'évader,
En attendant de fuir,
Accepte les limites de son monde
Comme le fait l'émigré;
Destins rigides, hommes désespérés,
De ne pas se retrouver,
D'avoir perdu l'unité
De la vie du village
Et leurs mères voilées de noir
Les attendent dans un cauchemar,
Dans la nuit, au bout du voyage.
Œil qui rit, œil qui pleure
Je vois venir la peur
Œil qui pleure, œil qui rit,
Je sens que je revis.

inviata da Marco Valdo M.I. - 19/8/2009 - 22:17



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