Lingua   

La nuit

Luc Bérimont
Lingua: Francese



Les hommes ont passé Dimanche-de-la-Nuit
Sans butter au miroir double-béant des rêves.
La terre était au chaud dans le creux de leurs bras.
Des herbes, des maisons, l’étoile, une rivière
Une amitié d’oiseau vissée droit sur l’épaule
Aux lèvres la chanson des neiges, des muguets
Le baluchon noué, au ventre un pain de rire.

Au loin, la gare essaie le cri de ses coqs noirs
Une fileuse morte actionne le rouet

Des sonneries jetaient leur eau froide au visage
Le matin recensait les rues assassinées
Avec un grand bruit d’ombres et de feuilles mêlées.
Les hommes s’éveillaient au détour des sentiers
Dégrafaient leurs manteaux recouverts de présages
Tandis que résonnaient les salves des réveils
Et que partout, roulé dans des roses de linge,
Fusillé, tête à tête, au rire des cadrans
Un peuple se dressait, raide mort dans l’automne.

Au loin, la gare essaie le cri de ses coqs noirs
Une fileuse morte actionne le rouet

A cinq heures, l’alcool a le goût du passé
Seigneur ! ayez pitié de l’homme à la joue bleue
Il n’a devant les yeux que les doigts de sa lampe
Une poignée de pluie glisse dans le couloir
Elle sent le pays, les terreurs de l’enfance
Le cheval et les fleurs - le rossignol d’Octobre
Il voit ses mains gantées du givre des barrages

Au loin, la gare essaie le cri de ses coqs noirs
Une fileuse morte actionne le rouet


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