Lingua   

Comme les écrevisses

Marco Valdo M.I.
Lingua: Francese



Avec mon Leica, on était sur les bords de la Volga
En février mil neuf cent quarante-trois
On photographiait tout : des généraux aux soldats
Mais on n'en était plus déjà
Aux Blitz, aux éclairs, à faire des percées
À fêter les triomphes de nos armées
À défiler devant Adolf sur les Champs-Elysées
Là-bas, sur la Volga, pour la première fois
Les Italiens et nous, nous nous en allions
Comme s’en vont les écrevisses, à reculons, à reculons.
Dans les faubourgs de ruines et de froid
On perdait nos pieds, on laissait nos bras
On crevait de faim, on mourait congelés
Finalement, écrasés, on a dû capituler
On en prit tellement pour notre grade
Qu'on laissa dans la poche de Stalingrad
Quelques centaines de milliers de morts
De blessés, de prisonniers,
À la fin, qui sait
Combien il en restait encore ?
Avec mon Leica, on était sur les bords de la Volga
En février mil neuf cent quarante-trois
On photographiait tout : des généraux aux troufions
Qui s'en allaient comme les écrevisses, à reculons, à reculons !



Avec mon Leica, on était parti en taxi pour Tobrouk
L'Afrika Korps s'arrêta à Masah Matrouk
On photographiait tout : des généraux aux soldats
Mais à El Alamein, on n'en était plus déjà
Aux Blitz, aux éclairs, à faire des percées
À fêter les triomphes de nos armées.
À la longue, ça devenait monotone.
On était aux portes de l'Égypte, c'était l'automne
Quand à El Alamein au printemps du désert
Avec les Italiens, on tomba en enfer
Nous n'irons pas en Inde, cet été
Les chemins sont coupés
Entrez dans la danse
Faites la révérence,
Finalement, écrasés,
On a dû capituler
Dansez, chantez
Rembarquez si vous pouvez.
Avec mon Leica, on était parti prendre Alexandrie
L'Afrika Korps à présent se rendait en Tunisie
On photographiait tout : des généraux aux troufions
Qui s'en allaient comme les écrevisses, à reculons, à reculons !


Avec mon Leica, je suis entré à Varsovie
Dans le quartier fermé par un mur rébarbatif
Les lance-flammes et l'artillerie
Avaient anéanti cinquante mille Juifs.
Je photographiais tout : des généraux, des soldats
Mais à Varsovie, on n'en était plus déjà
Aux Blitz, aux éclairs, à faire des percées
À fêter les triomphes de nos armées.
À Varsovie, j'ai fait d'autres images
J'immortalisais une opération de nettoyage
Une des plus célèbres photos de cette sale guerre
Le gamin, ses chaussettes, sa casquette et ses bras en l'air
C'est moi, moi qui l'ai prise, avec mon Leica
Une photo reproduite des millions de fois
Quant au gamin à la casquette et aux autres enfants
Je ne sais pas ce qu'ils en ont fait après ce moment.
Au printemps de mil neuf cent quarante-trois
La révolte du ghetto éclata
Et nos Waffen-SS et nos sapeurs
Ont liquidé tous ces gens-là
Avec mon Leica, je suis sorti du ghetto de Varsovie
Vidé de toute sa population
Par les lance-flammes et l'artillerie
J'en suis sorti vivant comme les écrevisses, à reculons, à reculons !


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