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GUILLAUME SEZNEC: [3] Le Procès de Guillaume Seznec

Tri Yann
Lingua: Francese



Écoutez jeunes gens,
vous aussi vieilles gens ;
c’est d’un Cornouaillais le procès,
maître de scierie à Morlaix.
Est-il une victime ?
Est-il l’auteur d’un crime ?
Est-il honnête, est-il un tueur ?
Mais qu’est devenu Quémeneur ?

Soldats casqués dedans Quimper,
la foule rue de Pen ar Steir,
Seznec descend mains dans les poches,
- Sale impression, que ça fait moche
de n’être pourtant cette allure
ni orgueil ni désinvolture,
mais c’est la honte des deux menottes
qui le rattachent à son escorte.

Haine injure et colère
sur les quais de Quimper
et foule le long de l’Odet
et foules aux marches du palais.
Haine frissons colère,
pères fils filles et mères,
en foule serrée sur les quais
et dans les couloirs du palais.

La salle d’audience est survoltée.
« Gardes, faites entrer l’accusé ! »
Costume bleu un petit peu trop neuf,
- Sale impression, pas naturel.
Sombre public et regards durs,
Lambris sombre et dessus les murs,
tentures bordeaux ; ce tribunal
Dieu on dirait un vrai catafalque !

Seznec est-il victime ?
Le coupable d’un crime ?
Est-il faussaire, est-il menteur ?
Aurait-il tué Pierre Quémeneur ?
Haine insultes et colère,
est-il bouc-émissaire ?
Est-il un monstre meurtrier
et l’assassin du Conseiller ?

Dollin du Fresnel président,
col d’hermines et robe de sang,
aboie « Accusé levez-vous !
Nom prénom âge et profession ? »
« Seznec Joseph Marie Guillaume,
quarante six ans, marchand de bois. »
Et là de prendre un ton bougon,
fierté blessée – ça fait sale impression.

Le rapport de moralité
enfonce un peu plus l’accusé :
« Sournois ficelle et puis rusé,
unanimement détesté. »
C’est pas qu’un interrogatoire,
c’est même un vrai réquisitoire,
sous les coups de sang sous les coups de dents
de Dollin du Fresnel président.

Une valise au Havre,
un crime sans cadavre,
et l’accusé de répéter :
« Au Havre suis jamais allé ! »
La machine à écrire,
la machine à détruire ;
mensonges et tires, ce tribunal,
Dieu quel sinistre carnaval.

29 octobre – mercredi,
les témoins d’être en appétit :
c’est d’abord le frère et la sœur,
Louis et Jenny Quémeneur,
et Jean Pouliquen le beau-frère,
il en sait beaucoup, le notaire.
Et comme c’est à lui que le crime profite,
il y va a la dynamite :

« Seznec a tout monté,
tout fait, tout combiné. »
Pluie vent tempête sur Quimper,
éclairs dans les yeux du notaire ;
vent pluie tempête et haine,
charges de Pouliquen ;
à Quémeneur on sait pourtant
qu’il devait cent soixante mille francs.

Sur quarante-huit témoins cités
il y a quarante-trois policiers,
hier mardi c’était Vidal,
Matois le « beau méridional » ;
et Bonny qui se prend pour un superflic,
mais la magouille c’est sa tactique ;
on le retrouvera bientôt
à Paris, chef de la Gestapo !

30 octobre – témoin suivant :
Marie-Jeanne qu’il aime tant,
coiffe blanche, robe noire,
parapluie à manche d’ivoire,
- maladroit, ça fait trop riche,
elle répond sans hésiter,
défend son homme pied à pied,
tant qu’elle finit par s’énerver.

De dire et de redire :
« La machine à écrire,
c’est manigance des policiers ! »
- Sale impression sur les Jurés,
ils ne le trouvent pas drôle,
elle n’est pas dans le rôle,
ils voudraient la voir effondrée,
elle est battante et décidée.

Guillaume de voir le lendemain
sa mère assise dans un coin :
corps voûté et sous sa coiffe
visage ridé comme une vieille pomme.
Là ses deux mains sur ses genoux,
Guillaume sourit à Marie-Anne
et des larmes de ses deux yeux
viennent ses joues mouiller.

Suivent les témoins qui auraient vu
Quémeneur après que disparu.
Le Président de s’acharner
à les tous ridiculiser…
Pour Le Her ce sera plus dur,
celui-là est tellement sûr !
Le procès change d’accusé :
il faut Le Her discréditer.

L’accusation prend peur :
on-dit, bruits et rumeurs,
François Le Her est un gêneur !
Il est démoli sans pudeur.
Ragots repris en chœur,
on en fait un farceur :
« N’a-t-il pas croisé par erreur
un sosie de Quémeneur ? »

2 novembre – les jours des morts :
les plaidoiries, le corps à corps,
Guillot l’avocat général
demande la peine capitale !
Puis c’est le tour de Maître Kahn
de plaider avec force et flamme,
mais pour contrer le président
il aurait fallu s’y prendre avant…

Et sans preuve voire sans crime,
sans aveux sans victime,
Seznec au bagne est condamné
par sept des douze jurés.
Est-il une victime ?
Est-il l’auteur d’un crime ?
C’est coupable condamnation,
malheur à vous jurés bretons !


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