Lingua   

Promenade au Val Salice

Marco Valdo M.I.
Lingua: Francese


Ti può interessare anche...

'A rivoluzioni du 1848 ('U saziu nun criri a lu diunu)
(MondOrchestra)
L'Hélicon de Berluscon
(Lucien Lane)
Rainer sculpteur
(Marco Valdo M.I.)


Promenade au Val Salice

Canzone léviane – Promenade au Val Salice – Marco Valdo M.I. – 2010
Cycle du Cahier ligné – 82

Promenade au Val Salice est la huitante-deuxième chanson du Cycle du Cahier ligné, constitué d'éléments tirés du Quaderno a Cancelli de Carlo Levi.

Bon sang, Lucien mon ami l'âne, arrête de sursauter ainsi... Qu'est-ce qui t'arrive, à la fin ? Tu as l'air de ne pas pouvoir tenir en place...

Ah, Marco Valdo M.I. mon ami, te voilà enfin. Depuis le temps que je t'attends dans ce froid de canards... Il faut que je bouge, que je me réchauffe, alors je fais des petits bonds sur place. C'est ma méthode et de fait, çà me tient chaud.

C'est déjà çà... Et je suis bienheureux que cela te tienne chaud; d'ailleurs, je vais moi aussi sautiller un peu, le temps de notre petit entretien. Car tu es venu, je le sais, pour que je te montre la dernière canzone et je suis venu pour cela aussi. Elle s'intitule Promenade au Val Salice et en fait, elle rapporte le souvenir d'une promenade au Val Salice, lequel se situe dans l'environ immédiat de Turin. Ce ne peut être qu'un souvenir, une promenade virtuelle, une continuation de cette méditation, de ce songe qui est ce voyage en partant vers l'intérieur. Tu comprends cette idée : si tu ne peux plus sortir du lieu, de l'ici et maintenant détestable (et il y en a beaucoup de ces lieux-là), car on t'y tient enfermé, alors il te faut – c'est une voie vers la survie – sortir, t'échapper par l'intérieur. Et partir, tranquille en exploration de ce monde infini...

J'imagine assez bien la chose, dit Lucien l'âne en souriant de son piano aux touches monocolores... D'autant que chez nous les ânes, c'est une pratique ancienne... Depuis le temps qu'on nous attache aux meules, aux moulins, aux pompes... et qu'on nous bande les yeux... Que crois-tu que nous fassions pendant ces jours et ces jours où l'on nous fait tourner en rond...

Alors, vous connaissez, vous les ânes, le secret de la plus grande liberté où on voyage sans plus de contrainte, ni d'espace, ni de temps. Ici, le prisonnier-blessé-guerrier reparcourt les lieux et les moments de son enfance et peut se promener dans le Val Salice tel qu'il était et dans le Val Salice, tel qu'il n'est plus. Celui qui peut agir ainsi est d'une endurance d'âne et est proprement en état d'immense liberté et d'accord avec lui-même. Ce qui le rend quasiment inébranlable... sauf à détruire son corps.

À mon avis d'âne, dit Lucien le solipède, c'est un excellent moyen de résister et pas seulement en prison, mais aussi aux pressions de tous genres... Médiatiques par exemple, un formidable moyen d'éviter les tombereaux de propagande du régime et plus généralement, de tout système.

Ceci, mon ami Lucien me fait soudainement penser – et c'est pour cela que je t'ai interrompu – au fait que nos amis russes ou allemands démocratiques aux temps où ils s'essayaient à faire tomber un côté du mur utilisaient cette méthode de résistance pacifique. Mais ce qui m'a fait t'interrompre, c'est la conséquence de cette réflexion... La voici et écoute bien : dans ce temps-là, ils (et bien d'autres avec eux) estimaient qu'en faisant tomber leur côté du mur, ils feraient disparaître ce qu'ils ne pouvaient supporter dans le système... Mais voilà, en ouvrant les vannes, toutes les eaux se sont mêlées et les boues des deux côtés, se sont disséminées partout. Par ailleurs, heureusement, la méthode de survie qu'ils avaient mise au point contre un système s'applique aussi bien contre tout système ou contre tout régime.

Cela dit, il va quand même falloir faire tomber l'autre côté du mur, conclut Lucien l'âne avec un bel air de conspirateur. Somme toute, reprenons notre bonne habitude de tisser le linceul de ce vieux monde morbide et cacochyme.

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Une main rouge sur les murs de boue
Des villages indiens. Mémoire.
Les images du souvenir sont floues.
"Faites tous votre devoir",
Affirmation abrupte, notoire
Propagande continue, partout présente,
Conquérante et menaçante
Infantilisation de masse :
Propagande de masse,
Pensée de masse, art de masse.
Mensonge et télévision
Instruments de la domestication.
Fondements de l'État de masse.
Des ouvriers ont gravé dans la pierre
Sur un mur de Giulianova
Piazza del Belvedere
Une inscription lapidaire
"Aux prolétaires,
Tués dans la guerre bourgeoise de 1915-18".

La mémoire est chaotique
Planquée dans un fouillis d'arbres tristes,
Derrière une grille en fer forgé et de gros chiens.
Une mystérieuse villa.
La pente raide du Righino longe le Rio Salice.
Sur une grande pierre lisse en forme de sofa
Jetu, mon oncle d'Amérique,
Argentine, Uruguay, Mexique ou Venezuela.
Attend l'aube dans le lit du ruisseau.
À présent, le Rio Salice est couvert par une route
Par des maisons et des immeubles.
Écrasés l'auberge du Bossu, la Madonnina,
Le lit de Jetu et la campagne de ma nonna ,
Avec ses cannées, ses vignes, ses vaches, ses prés et ses bois.
Des ouvriers ont gravé dans la pierre
Sur un mur de Giulianova
Piazza del Belvedere
Une inscription lapidaire
"Aux prolétaires,
Tués dans la guerre bourgeoise de 1915-18".

La guerre est passée là
Et la marque invisible de mes premiers pas.
Comme Ninive, Babylone,Vejo, Ségeste, Sélinonte ou Petra,
N'existe plus,
Tout ce monde enchanté a disparu
Sauf dans mon premier tableau,
Avec le peuplier, coupé pendant la guerre,
Avec la maison, la barrière,
La glycine à contre-jour, la volière.
Dans ma mémoire chaotique,
Les souvenirs se chevauchent :
La promenade au Val Salice,
Une ombre, légère, transparente,
Une feuille matinale, une clarté absolue.
Des ouvriers ont gravé dans la pierre
Sur un mur de Giulianova
Piazza del Belvedere
Une inscription lapidaire
"Aux prolétaires,
Tués dans la guerre bourgeoise de 1915-18".

inviata da Marco Valdo M.I. - 26/1/2010 - 22:20



Pagina principale CCG

Segnalate eventuali errori nei testi o nei commenti a antiwarsongs@gmail.com




hosted by inventati.org