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Méditation du mendiant

Marco Valdo M.I.
Language: French


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Méditation du mendiant
Canzone léviane – Méditation du mendiant – Marco Valdo M.I. – 2009
Cycle du Cahier ligné – 8.

Méditation du mendiant est la huitième canzone du cycle du Cahier ligné.

Le long songe éveillé induit par la double opération aux yeux que le peintre et écrivain Carlo Levi avait dû subir en 1973 parcourt toutes sortes de méandres. L'état de cécité est, vu de l'intérieur, un monde où temps et espace sont abolis ou à tout le moins, ont changé de nature.
Carlo Levi avait mené un combat de vingt ans contre Mussolini et son régime : exil, confinement, prisons, résistance clandestine, libération armée de Florence...Il avait connu – en d'autres temps – les charmes de l'enfermement carcéral – aux Nuove,(Turin), à Regina Coeli (Rome), aux « Murate » à Florence; mais c'était un enfermement simple; il y voyait. Cette fois, il subit un enfermement double : celui de l'hôpital et celui de la cécité.

Le Quaderno a cancelli – Le Cahier ligné ou quadrillé est comme une longue lettre, une longue méditation venue de l'autre côté du mur de l'enfermement. C'est là une arme pour résister à l'abandon, à la folie. L'écriture et la méditation, la pensée enfin font les fondements de l'homme, lui donnent le moyen de passer au travers de la solitude, de l'isolement... Un étrange voyage au long de son univers interne. D'autres en ont fait l'expérience; par exemple, Antonio Gramsci que Levi croisa à Turin vers 1920.

Tout est affaire de résistance...

Ici, Carlo Levi, le mendiant et le colleur d'affiches distrait méditent sur "le vieux avec une barbe et un triangle derrière la tête" et lui découvre un air d'hypostase du Patron.

Cet "immense Dieu Père qui se nourrit de l’argent hypothétique des Banques", ne vient-on pas de le voir dans toute son éclatante splendeur ?

En somme, le Boss, disons le Baal-Boss, le Big-Baal-Boss, le Baas... Le dominateur absolu, Big Brother en personne qui s'insinue partout, pour mieux contrôler les hommes et imposer le règne de la richesse et le sens de la propriété, et qui est à l'origine de cette lutte infinie qu'est la Guerre de Cent Mille Ans que mènent les riches contre et au détriment des pauvres.

Sans oublier ses vicaires, ses disciples, ses émules et ses imitateurs...

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.
Un colleur d’affiches distrait
colle avec de la colle de farine
une affiche, que personne ne verra.
Un mendiant aveugle,
passe au crépuscule avec son chien,
à la recherche d’une pièce de monnaie
ou d’un mégot de cigare.
Il médite sur ce vieux,
Tu sais, celui avec sa barbe et un triangle derrière la tête,
Te souvient-t-il comment il s’appelle ?
On parle de lui en le disant ineffable,
On le décrit indescriptible,
On le nomme l’innommable,
On le voit invisible,
On le touche intouchable,
On parle à son silence éternel
Ah ! Dieu !
Pour les peuples mêlés, imaginatifs,
mobiles et sauvages du Moyen-Orient
Dieu était Baal,
Pour l'homme : Patron, Possesseur
Et pour la femme : Mari, Propriétaire.
Le Dieu unique
pollue tout le langage
Impose la filiation légitime,
Le marquage de la brebis,
Les preuves de la virginité.
Dieux paternels et patronaux,
Dieux paysans et pastoraux,
Avec chaussures, bottines et manteaux
Fromages et troupeaux
Du petit dieu de campagne,
Goutte de crème et d’eau de source,
À l’immense Dieu Père
qui se nourrit de l’argent hypothétique des Banques,
Patron absolu, hypostase du Patron.
Dieu possessif, mains, yeux, sang et ors,
Nourri de victimes,
Qui expulse l’homme de lui-même,
Qui suscite une lutte infinie
Qui efface ses traces
et l’odeur des traces qui effacent ses traces,
jusqu’à l’image qui n’a pas d’image

Un colleur d’affiches distrait
Un mendiant aveugle,
Méditent sur ce vieux,
Tu sais, celui avec sa barbe et un triangle derrière la tête,
Te souvient-t-il comment il s’appelle ?

Contributed by Marco Valdo M.I. - 2009/5/4 - 18:35



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