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Comme les écrevisses

Marco Valdo M.I.
Lingua: Francese


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Comme les écrevisses

Canzone française – Comme les écrevisses – Marco Valdo M.I. – 2011
Histoires d'Allemagne 42

Au travers du kaléidoscope de Günter Grass. : « Mon Siècle » (Mein Jahrhundert, publié à Göttingen en 1999 –
l'édition française au Seuil à Paris en 1999 également) et de ses traducteurs français : Claude Porcell et Bernard Lortholary.


Sais-tu, Lucien l'âne mon ami, que le bon Apollinaire disait :
« Je souhaite dans ma maison :
Une femme ayant sa raison,
Un chat passant parmi les livres,
Des amis en toute saison
Sans lesquels je ne peux pas vivre. »...

C'est là une pensée bien pacifique, Marco Valdo M.I. mon ami, dont je me réjouis hautement ; mais quand même, je me demande ce qu'elle vient faire ici dans cette histoire d'Allemagne... D'une année si réputée pour ses événements épouvantables...


En effet, en effet, mais précisément, combien n'ont-ils pas été les hommes qui eurent cette pensée ou quelque pensée approchante, précisément dans ces années-là et qui dans sa banalité, dans sa banale et pacifique quotidienneté est une apologie de la paix... Ce rêve qui vient hanter le monde au milieu de ses plus sordides cauchemars. Ainsi, je tente d'exorciser ce qui va suivre, car ma canzone du jour raconte de grandes et de misérables tueries, certains des actes les plus ignobles qui se puissent imaginer... Et crois-moi, j'ai eu bien du mal à l'écrire. Car vois-tu, Lucien l'âne mon ami, pour écrire ce type de canzone où il y a quelqu'un qui raconte (ici, plusieurs quelqu'un; les correspondants de guerre...) ce qu'il a vu, ce qu'il a fait... Il me faut, en quelque sorte, me mettre à sa place et en quelque sorte vivre en direct ce qu'il a vécu... Et comme dit le leitmotiv de la canzone, je m'en suis tiré « comme les écrevisses à reculons, à reculons ».


Mais, dis-moi, Marco Valdo M.I. mon ami, n'est-elle pas d'Apollinaire aussi cette histoire d'écrevisses...


Bien sûr. Elle vient du même bestiaire... qui, pour ta gouverne et celle de tout le monde, s'appelle le Bestiaire ou le Cortège d'Orphée. Celle dite plus haut est la comptine du chat. Voici pour être tout-à-fait complet, cette petite histoire d'écrevisses en entier telle qu'elle est contée par le poète trépané (blessé à la tête par un éclat d'obus en 1916) :

« L'écrevisse
Incertitude, ô mes délices
Vous et moi nous nous en allons
Comme s'en vont les écrevisses,
A reculons, à reculons. »


J'aime beaucoup ces sortes de petites fables, mais tes histoires sont terrifiantes. Elles m'invitent plus encore qu'à l'ordinaire à penser combien ce monde peut être détestable et m'incitent pareillement à reprendre mon inlassable ouvrage, où tel la Parque, je tisse, je tisse un linceul et en ce qui me concerne, celui de ce vieux monde trop enclin aux massacres, trop avide de richesses, infiniment détestable et cacochyme.


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Avec mon Leica, on était sur les bords de la Volga
En février mil neuf cent quarante-trois
On photographiait tout : des généraux aux soldats
Mais on n'en était plus déjà
Aux Blitz, aux éclairs, à faire des percées
À fêter les triomphes de nos armées
À défiler devant Adolf sur les Champs-Elysées
Là-bas, sur la Volga, pour la première fois
Les Italiens et nous, nous nous en allions
Comme s’en vont les écrevisses, à reculons, à reculons.
Dans les faubourgs de ruines et de froid
On perdait nos pieds, on laissait nos bras
On crevait de faim, on mourait congelés
Finalement, écrasés, on a dû capituler
On en prit tellement pour notre grade
Qu'on laissa dans la poche de Stalingrad
Quelques centaines de milliers de morts
De blessés, de prisonniers,
À la fin, qui sait
Combien il en restait encore ?
Avec mon Leica, on était sur les bords de la Volga
En février mil neuf cent quarante-trois
On photographiait tout : des généraux aux troufions
Qui s'en allaient comme les écrevisses, à reculons, à reculons !



Avec mon Leica, on était parti en taxi pour Tobrouk
L'Afrika Korps s'arrêta à Masah Matrouk
On photographiait tout : des généraux aux soldats
Mais à El Alamein, on n'en était plus déjà
Aux Blitz, aux éclairs, à faire des percées
À fêter les triomphes de nos armées.
À la longue, ça devenait monotone.
On était aux portes de l'Égypte, c'était l'automne
Quand à El Alamein au printemps du désert
Avec les Italiens, on tomba en enfer
Nous n'irons pas en Inde, cet été
Les chemins sont coupés
Entrez dans la danse
Faites la révérence,
Finalement, écrasés,
On a dû capituler
Dansez, chantez
Rembarquez si vous pouvez.
Avec mon Leica, on était parti prendre Alexandrie
L'Afrika Korps à présent se rendait en Tunisie
On photographiait tout : des généraux aux troufions
Qui s'en allaient comme les écrevisses, à reculons, à reculons !


Avec mon Leica, je suis entré à Varsovie
Dans le quartier fermé par un mur rébarbatif
Les lance-flammes et l'artillerie
Avaient anéanti cinquante mille Juifs.
Je photographiais tout : des généraux, des soldats
Mais à Varsovie, on n'en était plus déjà
Aux Blitz, aux éclairs, à faire des percées
À fêter les triomphes de nos armées.
À Varsovie, j'ai fait d'autres images
J'immortalisais une opération de nettoyage
Une des plus célèbres photos de cette sale guerre
Le gamin, ses chaussettes, sa casquette et ses bras en l'air
C'est moi, moi qui l'ai prise, avec mon Leica
Une photo reproduite des millions de fois
Quant au gamin à la casquette et aux autres enfants
Je ne sais pas ce qu'ils en ont fait après ce moment.
Au printemps de mil neuf cent quarante-trois
La révolte du ghetto éclata
Et nos Waffen-SS et nos sapeurs
Ont liquidé tous ces gens-là
Avec mon Leica, je suis sorti du ghetto de Varsovie
Vidé de toute sa population
Par les lance-flammes et l'artillerie
J'en suis sorti vivant comme les écrevisses, à reculons, à reculons !

inviata da Marco Valdo M.I. - 20/7/2011 - 22:12


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