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Jambes minces

Marco Valdo M.I.
Lingua: Francese


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Jambes minces


Jambes minces – Marco Valdo M.I. – 2010
Cycle du Cahier ligné – 98


Jambes minces est la nonante-huitième chanson du Cycle du Cahier ligné, constitué d'éléments tirés du Quaderno a Cancelli de Carlo Levi.

Jambes minces, en voilà un drôle de titre, dit l'âne Lucien en esquissant une petite valse. Moi aussi, j'ai les jambes minces et même, si tu regardes le reste de mon corps, comme celui de tous les ânes, sans compter les mulets, les bardots, les chevaux, les girafes, les onagres, les zèbres, les impalas, les biches, les cerfs, les élans... et même, les veaux, les vaches, les bœufs, les moutons, les chèvres... Bref, les ongulés et autres espèces quadrupèdes du même gabarit, excepté les hippopotames, les rhinocéros, les éléphants, les mammouths... Tous ont des jambes minces et même fort minces par rapport à leur corps... Et on n'en fait pas toute une histoire; il n'y a pas de quoi faire le titre d'une canzone.

Détrompe-toi. Chez l'homme, vois-tu Lucien l'âne mon ami, ce n'est pas comme pour les ânes. D'abord, l'homme dort couché – sur le flanc, sur le dos, sur le ventre, mais le plus généralement, couché (si possible dans un lit, sur un divan, sur une paillasse, dans un hamac...) et la première chose qu'il fait pour se lever, c'est (toujours la plupart du temps), de s'asseoir en laissant pendre ses jambes et il se retrouve ainsi en position pour les regarder... et pour autant qu'elles soient nues, il contemple leur état, leur couleur, leur forme, leur épaisseur, les poils et les taches qui les couvrent... Et il s'envole dans des pensées plus ou moins profondes. Regarder ses jambes, c'est faire une sorte de diagnostic de son propre état ; à ce moment donc, l'homme est son propre médecin. Il s'examine. C'est aussi à ce moment et par ses jambes qu'il reprend contact avec le sol, vale a dire (autant dire), avec la réalité. L'homme, Lucien l'âne mon ami, sache-le, reprend contact avec la réalité au moment où il pose la plante de ses pieds sur le sol. Avant, il plane encore dans le ciel de la demi-nuit, et comme dit mon amie polonaise, il peigne ses rêves. Et puis, il atterrit, c'est le retour dans l'atmosphère, fini de tourner dans l'espace intersidéral. C'est donc un moment capital que celui où l'homme contemple ses jambes pendantes.

J'imagine, dit Lucien l'âne.

Et comme bien tu penses, la reprise de contact avec la réalité quotidienne est en relation directe avec l'ensemble de l'existence de cette personne. Ici, notre ami le prisonnier-blessé-incarcéré... reprend contact avec son destin, avec le monde de l'enfermement et met fin brutalement aux excursions de ses rêves et de ses songeries. Pour le reste, comme d'habitude, je te laisse le soin de découvrir tous les recoins de cet univers poétique, ses allées et venues, ses illusions et ses hésitations. De trouver aussi comment il considère le monde...
« Notre Histoire vire de l'azur au gris
Ses couleurs ternes habillent les nues. »

Ce monde tourne au vinaigre, dit Lucien l'âne, c'est toujours le vieux monde racorni et cacochyme pour lequel il convient de tisser un linceul afin de pouvoir l'enterrer définitivement et plus question de résurrection...

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.
Dans un jardin toujours en deuil,
À mes cannes jaunies et contournées,
À mes jambes minces, pendent encore les feuilles
Violettes de la saison écoulée.
Mes bras amaigris, raides planches,
Mâts sans voile et sans vent,
Taches rousses sur la peau blanche,
Flottent dans l'air mollement.
Mon regard asymétrique et ma voix,
La différence de ton de mes cordes vocales,
Parlent de mon échine aux douleurs infernales,
Du corps à soutenir et de son poids.
Mes pas circonspects avancent dans une rue minée,
Avec une légèreté prudente et mesurée,
Posent un pied sans appuyer,
Prêts déjà à le retirer.
Monde régi par la volonté d'autrui
Ainsi, jour après nuit, on vit
Sous le contrôle permanent
De nos gestes, de nos mouvements.
Nos cris rouges sang hurlent dans le noir
Contre les manières du pouvoir,
Horaires inflexibles, jours égaux et sévères,
Quel nom donner, ami,
À tout cela, prison ou galère ?
Notre Histoire vire de l'azur au gris
Ses couleurs ternes habillent les nues.
Dormant dans une ville inconnue,
Dans la même auberge de passage,
Ton père avait emporté
Pour le souvenir, un cendrier doré.
La table jaune et verte garde son message.
Bleu et clair sur le ciel,
Le courant d'air doux et tremblant
Enlace le vol noir des hirondelles.
Bouger à petits pas hésitants,
Ne pas regarder en sortant,
La prison peut s'ouvrir,
Supposition, croyance, illusion
Notre réel est souffrir, souffrir, souffrir
Sans que jamais finisse la chanson.

inviata da Marco Valdo M.I. - 17/3/2010 - 17:26



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