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Le Sommeil Tranquille de Koutouzov

Marco Valdo M.I.
Lingua: Francese


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Le Sommeil Tranquille de Koutouzov

Canzone léviane – Le Sommeil Tranquille de Koutouzov – Marco Valdo M.I. – 2010
Cycle du Cahier ligné – 79


Le Sommeil Tranquille de Koutouzov est la septante-neuvième chanson du Cycle du Cahier ligné, constitué d'éléments tirés du Quaderno a Cancelli de Carlo Levi.

« Koutouzov, dont l'uniforme déboutonné laissait prendre l'air à son large cou de taureau, enfoncé dans un fauteuil à la Voltaire, ses petites mains potelées de vieillard symétriquement posées sur les bras du fauteuil, paraissait endormi, mais le son de la voix de Weirother lui fit ouvrir avec effort l'œil qui lui restait.
«Oui, je vous en prie, autrement il sera trop tard...»
Et sa tête retomba sur sa poitrine, et son œil se referma.
Quand la lecture commença, les membres du conseil auraient pu croire qu'il faisait semblant de dormir, mais son ronflement sonore leur prouva bientôt qu'il avait cédé malgré lui à cet invincible besoin de sommeil, inhérent à la nature humaine, en dépit de son désir de témoigner son dédain pour les dispositions qui avaient été arrêtées. En effet, il dormait profondément. »
Ainsi Lev Nikolaïevitch Tolstoï, auteur de Guerre et Paix, décrit le maréchal Koutouzov en pleine bataille. Il dort et plus que probablement, rêve... et s'il songe, sa méditation le ramène à des souvenirs de sa jeunesse tout aussi guerrière et sanguinaire, à des conversations avec son maître es arts militaires, son prédécesseur le maréchal Souvorov, également grand massacreur devant l'éternité. Tels sont les héros, baignés du sang des gens.

Donc, si je comprends bien ce que tu me dis, Marco Valdo M.I., ne voilà-t-il pas que tu introduis dans ta canzone rien moins que le comte-écrivain Léon Tolstoï... que comme bien tu penses , j'ai croisé, tout comme Koutouzov lui-même. Ah, ce vieux Léon, c'était un homme extraordinaire et qui aimait les ânes... C'est tout dire... Mais quand même dans une canzone...

Je suis très content que tu fasses cette remarque, mon ami Lucien l'âne étrangement cultivé... D'abord, car je suis absolument persuadé que la canzone n'est pas un genre mineur... Je vois très bien comme toi que les médias l'ont réduite à moins que rien, à l'état de savonnette et n'aiment pas, absolument pas qu'elle élève une autre voix, qu'elle se hisse à une hauteur culturelle et use par exemple d'un langage élaboré, ni qu'elle considère faire partie intégrante de la littérature et de la culture, ni qu'elle affirme son goût et la nécessité du savoir. Ils n'aiment pas non plus les phrases longues, ni les points-virgules, ni les trémas, ni les accents circonflexes, ni même les ni. Mais vois-tu notre rêveur, notre prisonnier-blessé-guerrier lui pense différemment et entend user de tous les moyens de résistance; et la culture et l'effort de connaissance sont parmi ces moyens de résister à la « désistance » et à la diffusion de la bêtise et de la vulgarité par les moyens techniques les plus développés, les plus sophistiqués. Voilà pourquoi il importe de sortir la canzone du royaume de la chansonnette-savonnette et qu'il importe de la traiter avec les mêmes égards que les autres arts de l'écriture et j'ajoute, de la musique.

Je comprends cela, dit Lucien l'âne en hochant la tête. Il s'agit en quelque sorte de ne plus mépriser les gens, de ne plus les abaisser à des fins serviles, de ne plus les faire passer pour des nains mentaux, de ne plus tenter d'en faire des débiles, de ne plus les anéantir mentalement...

Par ailleurs, justement les gens... Il n' y a pas si longtemps, au temps de Carlo Levi, les gens durent – quelque part en Ligurie – affronter d'autres massacreurs. Parmi ces gens du commun, poussés par la nécessaire défense de la vie et de leur propre dignité de femmes et d'hommes, vont sortir du banal décor – un village, un quartier, une place, une rue – les partisans – ombres parmi les ombres. Et malgré leur pauvreté en armement, en équipement, en vivres, en moyens de toutes sortes, avec leurs «  vestes gris-vert de mauvaise facture » et leur peur et leur courage, ceux-là vont engager le combat contre l'envahisseur allemand et contre les fascistes. C'est ce combat qui est connu sous le nom de Resistenza. On doit y revenir par la force des choses, puisque eux – je parle des fascistes, des collaborateurs du régime et de leurs partenaires d'autre couleur, sont revenus avec toute leur morgue dans les rues, dans les villes, dans les allées et dans les « palazzi » du pouvoir. Voilà pourquoi, je dis :
Sempre e ora : Resistenza ! Toujours et aujourd'hui : Résistance !

Oh, dit Lucien l'âne en dressant subitement ses oreilles, tu as inversé la formule... C'est Ora e sempre : Resistenza !

Je sais, je sais, Lucien mon ami, mais je l'ai fait exprès pour insister sur le Ora – qu'on peut traduire par aujourd'hui, là maintenant, tout de suite... j'ai fait ainsi car il y a urgence.

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Les armées ont engagé la bataille.
L'étoile des généraux et des batailles
Qui doit les porter à une victoire glorieuse
Pour des raisons mystérieuses
N'est toujours pas venue.
Hurlants, à bride abattue.
Les cavaliers traversent la plaine.
L'issue est incertaine.
L'hiver couvre le paysage.
Dans son fauteuil, tel un vieux sage,
Mikhaïl Illarionovitch Golenichtchev-Koutouzov
Assoupi devise avec Alexandre Vassilievitch Souvorov.
Confiant dans sa Grande Mère Russie
Le borgne songe... et sourit à la vie
Rien ne peut troubler son sommeil
Ni le canon, ni le soleil


La bataille se déroule dans un village ligure.
Avec nos vestes gris-vert de mauvaise facture.
On est, malgré tout, des partisans,
On se bat contre des fascistes,
On affronte l'armée des Allemands
Des espions, des parachutistes.
Parmi des ruines et des tas de morts
Un provocateur, condamné, est abattu,
Au cœur de la nuit sombre
Ombre parmi les ombres.
Un camarade et un autre encore
Ont maintenant disparu
Allongés dans ce banal décor,
Leurs corps sourient à la mort
Rien ne peut plus troubler leur sommeil
Ni le canon, ni le soleil

inviata da Marco Valdo M.I. - 20/1/2010 - 11:21


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